La Valise (1973)
Posté le 2016-10-12 13:48:55

Après Il était une fois un flic, Francis Veber retrouve le réalisateur Georges Lautner en 1973 pour une évocation des tensions au Moyen-orient. À l'origine se trouve un fait divers authentique, «un agent secret israélien que des espions arabes tentent de kidnapper en l'enfermant dans une malle». Mais Lautner n'y croit pas trop. «Je ne voyais absolument pas où il pouvait aboutir avec ce point de départ alors que lui le savait. Ce ne fut que quand il m'a apporté un travail développé et construit que j'en suis tombé amoureux, je me le suis en quelque sorte approprié. Comme nous avons continué à travailler ensemble, l'histoire est devenue mienne.» C'est finalement une histoire d'amour, tournée en comédie, que les deux hommes finissent par écrire : deux agents, un Français (Michel Constantin) et un Israélien (Jean-Pierre Marielle), qui doivent quitter le Liban clandestinement tombent amoureux de la même femme (Mireille Darc)...

«Étant donné les sentiments violents qui opposaient l’état d’Israël et ses voisins arabes, il n’était pas question de dépasser les frontières de l’Europe, explique Lautner. Après des repérages à Tanger, nous avons reconstitué toute la ville arabe dans celle d’Almeria, en Espagne.» La région andalouse d'Almeria, en plus d'avoir accueilli les tournages de dizaines de westerns, a déjà figuré la Tunisie (Patton), l'Algérie (Les Centurions) ou le Maroc (Duffy le renard de Tanger). Elle représentera cette fois la Libye et l’Égypte. «Lautner faisait des miracles permanents, se souvient le producteur Alain Poiré. Quand nous avons tourné sur l'aéroport, nous devions couvrir la piste de sable pour les plans où notre avion était censé atterrir en catastrophe dans un désert, mais enlever jusqu’au dernier grain de sable pour l'arrivée du vol Madrid-Almeria. Cette course contre la montre était harassante pour tous.»

La scène d'ouverture du film, un western arabe qui passe en réalité à la télévision, a été tournée par le réalisateur de deuxième équipe Robin Davis (on reverra cette séquence – avec une musique différente – dans Attention, les enfants regardent de Serge Leroy en 1978). Il sera mis à contribution pour tout autre chose lorsque l'équipe se rendra aux studios de la Victorine tourner la scène du bateau sur un bassin. Malgré le peu de profondeur (moins d'un mètre), l'acteur Amidou refuse d'être de tous les plans car il ne sait pas nager. C'est donc Davis qui lui sert de doublure lorsque son personnage est de dos... Lautner ajoute que «techniquement, la scène était difficile à tourner. C’est aussi l’un des enchantements de ce métier : évoquer l’océan dans un bocal.»

Pour le thème musical du film, Georges Lautner décide de choisir celui qui lui plaira le plus parmi tous ceux soumis par les compositeurs sollicités. Philippe Sarde (Les Choses de la vie) avec qui il n'a encore jamais travaillé, lui propose un air au piano, qui l'enthousiasme. «Pour moi, c'était la douceur, la tendresse, la nostalgie, en fait l'amour. J'étais vraiment bouleversé par cette musique.» D'après Sarde, «beaucoup de compositeurs auraient sorti la grande armada. Le film étant une comédie, l'idée du piano seul allège la nostalgie, elle amène à une épuration des sentiments.» Lautner peut, pour la première fois, tourner avec le thème de son film. «Je pouvais le faire jouer sur le plateau pour que les acteurs soient dans cette ambiance romantique et nostalgique, et aussi dans ce rythme quand ils marchaient.»

Veber trouve que le résultat final est «une comédie paresseuse» mais se souvient que le producteur Alain Poiré «en était satisfait et nous avait dit en plaisantant : "La seule chose qui pourrait nous gêner, c’est une guerre avec Israël."» La guerre du Kippour éclate le 6 octobre 1973, soit cinq jours avant la sortie de La Valise (et douze avant celle des Aventures de Rabbi Jacob, qui connaît le même problème). En toute hâte, un carton d'ouverture est placé avant le générique : «Ce film ne vise qu’à distraire. L’action se situe au Moyen-orient. Les événements actuels lui donneront sans doute un relief que nous ne souhaitions pas. Notre équipe est composée de Chrétiens, de Juifs, de Musulmans. Nous sommes des amis. Nous comptons bien le rester.» Le film fera finalement un peu plus d'un million d'entrées (sept fois moins, quand même, que Rabbi Jacob).

Philippe Lombard

[Sources : «La Croix» du 22 octobre 1973, «Docteur Lautner et Mister Sarde» de Stéphane Lerouge (Gaumont Vidéo, 2005), «200 Films au soleil» d'Alain Poiré (Ramsay, 1988), «On aura tout vu» de Georges Lautner (Flammarion, 2005), «Que ça reste entre nous» de Francis Veber (Robert Laffont, 2010)]


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