Le Fils du Capitaine Blood (1962)
Posté le 2011-01-10 00:01:34

À l’été 1960, Sean Flynn accompagne son ami, l’acteur George Hamilton, à Fort Lauderdale (Floride) où il tourne Ces Folles filles d’Eve, un "film de plage", genre alors très populaire auprès des jeunes. Fils d’Errol Flynn, Sean n’a jamais eu l’ambition d’être acteur, même si tout le monde attend de lui qu’il marche sur les traces de son père. Il obtient une figuration sur le film puis intègre l’université de Duke, en Caroline du Nord.

De son côté, George Hamilton a décidé de prendre en main le destin cinématographique de son ami. Il prend des photos de lui et les donne à son propre agent, Hy Seeger, qui les fait circuler. Le vieux briscard Harry Joe Brown a alors une "brillante" idée : confier au fils d’Errol Flynn le rôle du fils du Capitaine Blood. Producteur de la version originale (réalisée par Michael Curtiz en 1935), Brown se frotte les mains. Sean est athlétique, beau et ressemble à son père. Il n’a quasiment pas d’expérience d’acteur mais qu’importe !

Sean n’est bien sûr pas dupe des raisons qui le poussent à l’engager, il s’attendait d’ailleurs à ce que cela arrive. Il accepte mais sans véritable enthousiasme, comme il le confie à Sally Hobbs, une de ses amies de Duke. "Je lui ai demandé s’il avait l’intention de reprendre le registre dans lequel son père s’était cantonné, et en gros il m’a répondu qu’il finirait par y venir tôt ou tard. Il rendait hommage à son père d’une manière un peu à l’ancienne, je pense. Précisément parce qu’il était son père, Sean devait prendre sa vie au sérieux. Il devait faire honneur à l’aura de la vie de son père, découvrir ses tenants et aboutissants et essayer la même chose pour lui. Il ajouta qu’il ne saurait pas si ça lui convenait tant qu’il n’aurait pas essayé." Il prévoit déjà de se lasser du cinéma, de tenter d’autres aventures et de finir par trouver un moyen "de se faire tuer".

Il quitte Duke définitivement en milieu d’année et part pour Hollywood où il loge un temps chez George Hamilton, sur Sunset Boulevard. Son agent veut attendre la signature du contrat avant de rendre le projet public. Afin de rester discret, Sean fait son premier "screen test" sous le pseudonyme de Steve French. L’essai est concluant et le contrat se négocie à 1000 dollars la semaine. Mais dans l’ombre, sa mère veille car pour elle, le coup est rude. Lili Damita, une actrice française du muet divorcée d’Errol Flynn en 1942, a tout fait pour éloigner son fils du milieu du cinéma et le voilà en haut de l’affiche, qui plus est dans un rôle créé par son ex-mari, et alors qu’il suit des études. Elle charge un cabinet d’avocats de faire savoir à Seeger que Sean étant encore mineur (il n’atteindra ses 21 ans qu’en 1962), elle ne donnera pas son accord pour le contrat. L’agent convainc Lili de revenir sur sa décision en lui faisant comprendre que Sean lui reprochera toute sa vie de lui avoir ainsi mis des bâtons dans les roues. L’argument porte.

La nouvelle paraît finalement dans Time Magazine le 3 mars 1961 avant de faire le tour de la planète. L’annonce est trop belle pour que les médias ne s’en emparent pas ; le fils d’une légende de l’écran reprenant son rôle le plus célèbre, voilà de quoi noircir du papier sans avoir besoin de faire preuve de trop d’imagination. En France, Paris Match titre : "Errol Flynn a de nouveau 20 ans". Sean entre dans une spirale dont il ne pourra plus sortir. Il est célèbre à jamais, quoi qu’il fasse. Life consacre plusieurs pages à sa préparation. On le voit faire des essais de costumes, sauter de plusieurs mètres une épée à la main, se balancer au bout d’une liane, s’entraîner à la barre fixe et prendre des cours d’élocution un crayon dans la bouche. Sur le papier, il semble parfait, même si son sourire éclatant et sa jeunesse semblent en léger décalage avec le film rétro qu’on veut lui faire tourner.

Le Capitaine Blood de 1935 s’était fait sans quitter les studios de la Warner Bros, même pour les scènes en haute mer. La version des années 60, elle, bénéficie d’un tournage en extérieurs en Espagne, avec de vrais navires. Sur la Costa del Sol, pourtant, Flynn déchante rapidement. Le "grand film d’aventures en Eastmancolor et Dyaliscope" hollywoodien annoncé se révèle être une coproduction italo-espagnole, comme il s’en fait des dizaines à l’époque. Et personne ne fait grand cas de son manque d’expérience. "Je me suis retrouvé en Espagne, bombardé vedette alors que je n’avais jamais pris un cours d’art dramatique, jamais affronté une caméra, avec un metteur en scène espagnol (Tulio Demicheli)qui ne parlait ni français ni anglais… Je crois que c’est mon sens de l’humour qui m’a sauvé…"

Les photos de plateau prises entre deux scènes montrent un jeune homme épanoui, souriant, discutant avec ses partenaires ou jouant avec des enfants. Sa maîtrise du français et de l’espagnol lui est utile pour parler avec l’équipe. Un envoyé spécial à Madrid, de la revue militaire américaine Stars and Stripes, rapporte sa relative décontraction qui se traduit par une certaine ironie. "Il ne se prend jamais trop au sérieux : ‘Vous voyez cette porte là-bas ? me dit-il. Cinquante hommes ne pourraient pas en venir à bout, alors que moi dans le film, j’y arrive.’" Pour Sean, qui s’est mis tout récemment à aimer le cinéma grâce aux 400 Coups de François Truffaut, il est évident que ce film de pirates obsolète n’est pas satisfaisant. Il prend malgré cela son travail au sérieux et se donne beaucoup de mal pour être à la hauteur.

Harry Joe Brown vante les mérites de son poulain aux journalistes et n’y va pas de main morte. "Sean sera une plus grande star que son père. Les rushes sont formidables. J’ai prévu de faire deux autres films avec lui l’année prochaine." Que vaut réellement Sean Flynn en tant qu’acteur ? Le moins que l’on puisse dire est qu’il présente bien. Ce grand gaillard musculeux a le physique de l’emploi et n’a rien à envier sur ce plan à son père. Il est très convaincant dans les scènes de duels ou d’abordage mais son jeu est restreint, dû en partie à son manque d’expérience. Et s’il a du charme, il n’a pas le charisme nécessaire pour crever l’écran, trop jeune peut-être, trop lisse. Il est évident aussi que la comparaison avec Errol est écrasante, surtout que les dialogues y font constamment référence. Les "Tu ne le reconnais pas ?" répondent aux "C’est bien le fils de Peter Blood !".

Au printemps 1962, Sean Flynn s’installe à Paris et fait connaissance avec la presse. Au Cleveland Bar, rue de Ponthieu, ou à l’hôtel Raphaël, on se presse pour recueillir ses propos, voire ses confessions. "J’ai songé à changer de nom mais comme on l’aurait su… Il ne me reste qu’à espérer qu’en me voyant à l’écran, les spectateurs oublieront Errol pour ne penser qu’à Sean Flynn." Sean n’est pas impressionné par tout ce remue-ménage médiatique. Il se sait vedette du jour, voire d’un jour, et acteur par accident. Il déclare avec lucidité : "Si en Europe, je ne parviens pas à faire oublier que je suis le fils d’Errol Flynn, je ne ferai plus de cinéma. Je serai coureur automobile ou marin. J’aime l’aventure et le danger."

Après quelques films, il deviendra guide de safari en Tanzanie, chassera le tigre au Pakistan et trouvera une fin tragique en 1970 en tant que reporter-photographe au Vietnam…

Philippe Lombard

[Sources : Texte extrait de mon livre "Sean Flynn, l’instinct de l’aventure", éditions du Rocher, 2011
http://laviedeseanflynn.blogspot.com]

Titre Original :
SON OF CAPTAIN BLOOD

Titre français :
FILS DU CAPITAINE BLOOD, LE

Année : 1962

Nationalité :

Réalisé par :
Tulio Demicheli

Ecrit par :
Casey Robinson, Mario Caiano, Arturo Rígel & Rafael Sabatini

Musique de :
Gregorio García Segura

Interprété par :
Sean Flynn, Alessandra Panaro, John Kitzmiller, José Nieto, Roberto Camardiel, Fernando Sancho & Ann Todd


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SON OF CAPTAIN BLOOD - Poster


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