Un shérif à New York (1968)
Posté le 2010-09-22 01:09:29

Revenu à Hollywood après ses trois films italiens avec Sergio Leone, Clint Eastwood a tourné Pendez-les haut et court de Ted Post et se voit maintenant proposer par Jennings Lang, le vice-président d’Universal, le scénario de Un shérif à New York. "Ce qui m’a particulièrement intéressé dans le projet est ce personnage hors de son élément, explique l’acteur. C’est un type qui travaille comme shérif dans une communauté rurale de l’Arizona, va à New York et se trouve déplacé. Cela m’a rappelé les vieux films que l’on voyait dans les années trente ou quarante, peut-être pas exactement comme Monsieur Smith au Sénat, des gens qui sont hors de leur élément, placés dans un autre environnement et qui doivent agir."

Alex Segal, venu du théâtre et de la télévision, est choisi pour le film et Eastwood s’entend plutôt bien avec lui. Mais pour des raisons inconnues, le réalisateur se retire du projet deux mois avant le tournage. La star propose le nom de Mark Rydell, tandis que le studio ne jure que par Don Siegel. Eastwood se fait alors projeter plusieurs de ses films. "J’ai bien aimé la façon dont il travaillait. Il était vraiment professionnel. Quand on m’a proposé de le rencontrer, j’ai accepté." Siegel, qui a regardé de son côté les films de Leone, s’accorde bien avec l’acteur et donne son accord. Mais le scénario, sur lequel ont travaillé Herman Miller, Roland Kibbee et Jack Laird ne lui convient pas. Il propose alors que Howard Rodman, le scénariste de son dernier film Police sur la ville, le retravaille.

Rodman et Siegel partent à New York pour être sur les lieux de l’action, ce qui, aux yeux de beaucoup et notamment ceux d’Eastwood, semble superflu. Vont ainsi être mis à la charge de la production deux suites - une au Drake Hotel et une au Regency Hotel -, un appareil photo à 600 dollars et une machine recouverte d’or véritable à 100 dollars. "Don aimait aller sur les lieux mêmes et tout organiser en fonction de ceux-ci, rapporte Eastwood. C’est ce qui se passa sur Un shérif à New York, mais Don se préoccupa tellement de la géographie qu’il lui sacrifia l’histoire. À son retour, on dut réécrire le script, ce que nous avons fait de concert." Ciseaux et tube de colle en main, les deux hommes étalent sur le sol les différentes versions du script et constituent le leur, en y ajoutant quelques éléments de leur invention. Dean Riesner (le futur scénariste de Un frisson dans la nuit et L’Inspecteur Harry) passe derrière afin d’uniformiser la chose.

Le tournage débute à New York en novembre 1967. Inquiet pour le climat, Don Siegel va devoir se concentrer sur deux acteurs qui lui posent problèmes. Lee J. Cobb, qui joue le commissaire du 23ème district, le prévient qu’il ne tournera pas sans un postiche sur le crâne. Siegel tente de le raisonner, sans succès. Il lui affirme alors que le véritable chef du commissariat, qu’il a rencontré pendant les repérages, n’enlève jamais son chapeau, même dans son bureau. Cobb aime l’idée et accepte. Tisha Sterling, l’interprète de la petite amie du prisonnier en cavale, décide brutalement de se retirer du film. Siegel la prévient gentiment que le retour de bâton de Universal risque d’être grave pour sa carrière, mais elle s’obstine. Elle finit par avouer que ses défraiements lui ont été volés dans sa chambre d’hôtel et que le directeur de production refuse de les lui rembourser. De guerre lasse, Siegel obtient qu’elle touche l’argent et tout revient dans l’ordre…

En préparant la scène de poursuite finale, Don Siegel apprend que l’acteur Don Stroud, ex-champion de surf, n’est jamais monté sur une moto (à l’inverse de Eastwood). Il faut donc l’entraîner car certains plans rapprochés nécessitent de le voir. La scène est tournée dans le parc de Fort Tryon, près du musée des Cloîtres, par un temps venteux et glacial (sur des Triumph TR6 et T100 R Daytona). Siegel fait porter aux cascadeurs des casques surmontés de caméras légères. "Le miracle est de ne pas avoir eu de blessés. Il y a eu plein de dérapages dangereux et de chutes effrayantes mais pas de sang. Je croisai les doigts." Dès le lendemain, la neige tombe sur New York. L’équipe se déplace alors dans le désert de Mojave, censé représenter l’Arizona au début du film.

Le shérif Coogan doit arrêter un Navajo, meurtrier de sa femme, lequel tire sur le pare-brise de sa Jeep. Pour obtenir le maximum d’effet, Siegel veut utiliser de vraies munitions. Mais les techniciens tout comme les responsables de la production s’y refusent, c’est la règle sur un plateau de cinéma. Le réalisateur passe outre et demande l’aide d’un véritable shérif qui tire avec joie deux coups de feu sur le pare-brise. Le plan restera dans le film. Le matin suivant, un blizzard rend impossible toutes prises de vues… L’équipe repart à New York, cette fois pour tourner les scènes d’intérieurs dans un studio loué par Universal.

De retour en Californie, Don Siegel tourne la scène où Coogan se rend dans une boite de nuit. Le décor conçu par John McCarthy et John Austin est énorme et nécessite d’occuper le plateau conçu à l’origine pour Le Fantôme de l’opéra de Rupert Julian (1925). La production engage 125 figurants… auxquels s’ajoutent 400 vrais hippies qui achèvent de transformer la scène en véritable soirée psychédélique. À noter que parmi les plans insérés de façon ultra-rapide, pour augmenter l’aspect " trip ", figure l’araignée géante de Tarantula de Jack Arnold, film dans lequel Eastwood avait fait ses débuts en 1955.

Jennings Lang suggère que Don Siegel rencontre le compositeur Lalo Schifrin. Il "sent" que les deux hommes sont faits pour s’entendre. "Il était un peu comme ces entremetteurs qui savent mettre en présence les bonnes personnes et organiser des mariages", explique Schifrin. Sur Un shérif à New York, dit-il, "mon travail de composition n’a pas été difficile. Du début à la fin, c’était comme écrire pour un western et j’avais déjà participé à des séries comme La Grande Caravane ou La Grande Vallée. (…) Il était facile de souligner par la musique le décalage du personnage et ses actions de cow-boy solitaire." Il retravaillera à plusieurs reprises avec Don Siegel dont deux films avec Clint Eastwood, L’Inspecteur Harry et Les Proies.

Philippe Lombard

[Sources : "Cahiers du cinéma" n°549, "A Siegel Film" de Don Siegel (Faber and Faber, 1993), "Clint Eastwood une biographie" de Richard Schickel (Presses de la Cité, 1996), "Clint Eastwood" de Patrick Brion (Editions de la Martinière, 2002), "Lalo Schifrin" de Georges Michel (Rouge profond, 2005), "Clint Eastwood" de Michael Henry Wilson (Cahiers du cinéma, 2007)]

Titre Original :
COOGAN'S BLUFF

Titre français :
SHERIF A NEW YORK, UN

Année : 1968

Nationalité : Etats-Unis

Réalisé par :
Don Siegel

Ecrit par :
Herman Miller, Dean Riesner & Howard Rodman

Musique de :
Lalo Schifrin

Interprété par :
Clint Eastwood, Lee J. Cobb, Susan Clark, Tisha Sterling, Don Stroud & Betty Field


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