OSS 117 se déchaîne (1963)
Posté le 2008-03-21 06:20:59

Créé en 1949 par Jean Bruce, le personnage de Hubert Bonisseur de la Bath, agent de la CIA d’origine française, a tout d’abord pris à l’écran les traits de Ivan Desny dans «O.S.S. 117 n'est pas mort» de Jean Sacha (1956). Puis, Michel Piccoli l’incarna dans «Le Bal des Espions» de Michel Clément (1960), mais son nom (sans doute pour des raisons de droits) fut transformé en Bryan Cannon. Ces films n’ont pas marqué les esprist de l’époque et il faudra attendre André Hunebelle pour que cela change…

«OSS 117 se déchaîne» (1963)

1963 marque la mort et la résurrection de OSS 117. Son créateur disparaît dans un accident de la route (après avoir écrit «OSS 117 à Mexico»), tandis qu’au cinéma, André Hunebelle lance la série de films à succès inspirés de ses aventures. Selon Mylène Demongeot, c’est Jean Marais qui «avait déniché les OSS 117 de Jean Bruce et avait suggéré à André Hunebelle de les adapter au cinéma avec lui-même en vedette». L’idée enthousiasme le cinéaste, qui avait beaucoup apprécié «O.S.S. 117 n'est pas mort». Il apprend de Jean Sacha que les droits des romans sont libres et que Jean Bruce souhaite revoir son héros à l’écran. En coproduction avec l’Italie, il met en chantier une adaptation de «OSS 117 prend le maquis», intitulée «OSS 117 se déchaîne», mais… sans Jean Marais. Sans doute pour faciliter les ventes du film à l’étranger, Hunebelle lui préfère un acteur américain, Kerwin Mathews. Mécontent et déçu, Marais se voit offrir en guise de compensation le double rôle de Fantômas-Fandor (destiné à l’origine à Raymond Pellegrin, qui dut se contenter de prêter sa voix au célèbre criminel !). Mathews est un habitué des rôles de héros («Le Septième Voyage de Sinbad», «Les Voyages de Gulliver») et a le physique idéal pour incarner OSS 117. Il en fera un charmeur, à la fois détaché et déterminé.

«OSS 117 se déchaîne» comporte de très bonnes scènes d’action, qui sont les premières du genre. André Hunebelle a en effet introduit les arts martiaux dans le cinéma français, alors habitué aux «bourre-pifs» administrés par Eddie Constantine et Lino Ventura. Les bagarres se font plus subtiles, plus vicieuses aussi, avec des coups fatals portés à la gorge ou aux tempes. Claude Carliez règle les combats (comme il le fait sur la majorité des productions de l’époque, qu’il s’agisse de luttes au corps ou de duels à l’épée). Le cascadeur Yvan Chiffre, qui est un de ses assistants (et qui joue dans le film un agent secret français), apprend le karaté et le kendo «chez Cocatre, à la République, un des rares maîtres de karaté à Paris, et sans doute un des meilleurs». S’il est souvent doublé, Kerwin Mathews ne s’en tire pas mal dans certaines séquences, notamment une l’opposant à Marc Mazzacurati.

Les scènes de bagarre sous-marines préfigurent celles de James Bond et ont été réalisées par Alain Boisnard, qui a officié de la même façon sur «Tintin et le Mystère de la Toison d’Or» de Jean-Jacques Vierne, avant de devenir le conseiller technique maritime d’André Hunebelle pour la séquence finale de «Fantômas». Tourné à Bonifacio et à Nice, «OSS 117 se déchaîne» ne bénéficie pas de gros moyens. Le noir et blanc ne rend pas non plus l’enquête d’Hubert très excitante visuellement, mais le film est quasi-expérimental, car le succès d’une telle aventure n’est pas encore assuré. Il sort en France la même année que «Coplan prend des risques» de Maurice Labro (le premier des cinq films adaptés de Paul Kenny) et surtout «James Bond contre Dr No» de Terence Young. La grande mode de l’«espionnite» était lancée.

Philippe Lombard

[Texte écrit à l’origine, et remanié depuis dans cette version, pour un livre sur OSS 117 devant paraître chez DLM en 1996 et finalement inséré dans le coffret DVD édité par Gaumont en 2005.]

[Sources : Témoignage de Jean-Pierre Desagnat, «Archives 007» n°3, «Télérama» n°969, «Robert Hossein, le Diable Boiteux» de Henry-Jean Servat (éd. du Rocher, 1991), «A l’Ombre des Stars» d’Yvan Chiffre (Denoël, 1992), «When the Snow Melts» de Cubby Broccoli et Donald Zec (Boxtree, Londres, 1998), «Tiroirs Secrets» de Mylène Demongeot (Le Pré aux Clercs, 2001), livret du CD «Fantômas» (Universal, 2001)]

Titre Original :
OSS 117 SE DECHAINE

Année : 1963

Nationalité : France / Italie

Réalisé par :
André Hunebelle

Ecrit par :
Raymond Borel, Pierre Foucaud, André Hunebelle & Jean Bruce

Musique de :
Michel Magne

Interprété par :
Kerwin Mathews, Nadia Sanders, Irina Demick, Henri-Jacques Huet, Jacques Harden, Roger Dutoit, Albert Dagnant, André Weber, Michel Jourdan, Daniel Emilfork, Henri Attal, Marc Mazza & Yvan Chiffre


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