Le Choc (1982)
Posté le 2010-02-11 22:49:55

Après le succès de La Guerre des polices (1979), Robin Davis ne veut pas être catalogué comme réalisateur de polars et refuse pendant deux ans toutes les propositions de ce genre. Mais lorsque les producteurs Alain Sarde et Alain Terzian viennent le voir pour lui demander de faire un film avec Alain Delon, l’idée l’intéresse. Aucun sujet n’est encore prévu. Robin Davis lance l’idée d’un Bonnie and Clyde français et le nom de Catherine Deneuve arrive rapidement sur la table. Le réalisateur lit alors toutes sortes de romans et tombe sur "La position du tireur couché" de Jean-Patrick Manchette. Il voit dans le personnage principal l’occasion de revisiter le rôle habituel d’Alain Delon. "C’était un type complètement déjanté qui vivait dans une cave, mangeait des spaghettis froids, perpétuellement ivre-mort, impuissant, avec un rapport nihiliste aux femmes, dans une histoire complètement folle."

Robin Davis écrit une première version dans ce sens et la lit aux producteurs et à la star. "À la fin, la séquence est tombée : "Alain Delon est un mythe. Un mythe ne mange pas de spaghettis froids dans une cave."" Il inverse alors les polarités et l’anti-héros devient un héros, un personnage classique du genre policier, le tueur qui décide de raccrocher (un rôle déjà interprété par l’acteur dans Big Guns de Duccio Tessari). Dominique Robelet, Claude Veillot, Alain Delon lui-même ainsi que d’autres auteurs qui n’ont pas souhaité être crédités, travaillent à l’adaptation. De son côté, Manchette (déjà été adapté par Alain Delon pour Trois hommes à abattre et Pour la peau d’un flic) ne s’inquiète pas de la transposition de son roman à l’écran : "Dès lors que Alain Delon incarnait le héros du Choc, j’étais bien persuadé que le personnage n’allait pas finir invalide et gâteux comme dans le roman, et ça ne me gênait pas."

Le tournage se déroule au Maroc (pour la séquence pré-générique), à Paris et dans le Finistère (où se trouve l’usine de dindons). Le duo de stars s’appuie sur des acteurs solides comme Stéphane Audran (étrangement non créditée au générique), Philippe Léotard, Jean-Louis Richard (dans un rôle d’officier de la DST proche de celui qu’il incarnait dans Le Professionnel), François Perrot et Féodor Atkine (tous deux présents dans Trois hommes à abattre).

Mais l’ambiance sur le plateau n’est pas au beau fixe, comme s’en souvient Alain Delon : "Robin, qui est pour moi un merveilleux technicien et un vrai metteur en scène, s’est retrouvé littéralement paralysé en face de Catherine Deneuve - qui était dans une période un peu particulière et donc pas très disponible - et de Alain Delon. Il avait quand même fait avant La Guerre des polices et il a fait après J’ai épousé une ombre qui est un film superbe. Le Choc, qui a été une catastrophe car Robin était figé sur place par Catherine Deneuve et par Alain Delon, est une sorte de parenthèse… Il disposait en outre d’un chef opérateur qui était aussi caméraman, et qui avait une forte personnalité… Un plateau, c’est comme un bateau : il faut un capitaine. Il faut, à un moment donné, qu’il y ait quelqu’un qui décide…" Le chef-op’ en question est Pierre-William Glenn (futur réalisateur de Terminus). C’est d’ailleurs lui qui parlera du film dans un article de "Première" et non Robin Davis… Il dira d’ailleurs à cette occasion : "C’est un film qui a démarré trop vite et dont la préparation n’a pas été suffisante."

Catherine Deneuve vit très mal le tournage. "Je ne me suis pas bien entendue avec Robin Davis. J’étais malheureuse…" À tel point que Alain Delon va devoir diriger lui-même les scènes où elle apparaît. Un exercice dont il s’est déjà acquitté à plusieurs reprises dans sa carrière (sur Les Granges brûlées, par exemple). Pour l’actrice, le problème vient aussi de la nature du film lui-même. "Je regrette énormément, parce que j’aurais aimé vraiment jouer avec Alain autrement, on ne s’est pas rencontré sur ce film. J’ai eu l’impression de m’être fait posséder, j’ai essayé de faire marche arrière et je n’ai pas pu. Je le regrette parce que je crois que c’est un couple qui aurait pu marcher mais ce n’est pas l’histoire qu’on aurait dû tourner."

Le Choc sort sur les écrans le 28 avril 1982 et, malgré une bonne presse, n’est vu que par 1 508 000 spectateurs (moins que Le Gitan ou Pour la peau d’un flic).

Philippe Lombard

[Sources : "Première" n°101, "Les Cahiers du Cinéma" n°366, "Video 7", "Georges Lautner foutu fourbi" de José Louis Bocquet (La Sirène, 2000), interview de Robin Davis (Stéphane Roux, Studio Canal Video, 2004)]


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