La Grande Course autour du monde (1965)
Posté le 2010-02-03 02:09:06

En 1964, après les sorties coup sur coup des deux premiers "Panthère Rose", Blake Edwards obtient de la Warner Bros un énorme budget de trois millions de dollars pour réaliser La Grande Course autour du monde, qu’il a coécrit avec Arthur Ross. Cette folle histoire de course automobile de 32.000 km reliant New York à Paris préfigure des films comme Ces merveilleux fous volants dans leurs drôles de machines ou Gonflés à bloc. "C’est le prolongement de mes autres comédies, mais vous n’y trouverez cependant guère de points de comparaison. Il est vrai que j’emploie le splastick, mais d’une manière que je n’avais encore jamais utilisée. Ce style découle de la période qui est celle du film : 1900. (…) C’est une sorte de dessin animé, mais avec des personnages réels. Il y a dans ce film un humour qui était déjà présent dans La Panthère Rose et plus encore Quand l’inspecteur s’emmêle, mais il arrive ici aux personnages des aventures insensées dont ils ne devraient jamais sortir vivants. Bien entendu, on n’explique rien. Vous les retrouvez sains et saufs et vous recommencez."

Le rôle du "Grand Leslie", sportif complet toujours avide d’exploits, est confié à Tony Curtis, qui collabora pour la quatrième fois avec Blake Edwards. Pourtant, il n’a pas été choisi par ce dernier. "Jack Warner avait déclaré qu’il ne ferait pas le film sans moi, se souvient l’acteur. Robert Wagner et deux ou trois autres avaient été pressentis pour mon rôle, mais Jack ne voulait absolument pas le voir attribuer à Wagner ou John Derek, ou n’importe qui d’autre. Pour lui, c’étaient des noms qui ne valaient pas tripette. Il lui fallait TC." L’agent de Tony Curtis en profite pour obtenir un cachet plus important. Burt Lancaster est un temps approché pour interpréter le méchant professeur Fate mais il décline la proposition. Il est alors remplacé par Jack Lemmon qui retrouve ainsi son partenaire de Certains l’aiment chaud. "Fate est cinglé, un psychotique, le super-méchant de cartoon. Imaginez le pire acteur shakespearien qui soit, mais avec plus d’assurance que Laurence Olivier."

Blake Edwards pense à Jane Fonda pour le rôle de la suffragette désireuse de participer à la course, mais elle part tourner Cat Ballou. Son second choix, Lee Remick, est pris par des engagements à Broadway. Natalie Wood est alors engagée… contre son gré. Liée par contrat à la Warner, elle se doit d’accepter le film si elle veut tourner Daisy Clover, qui nécessite qu’on la "prête" à la Columbia. De plus, l’actrice suit une analyse et partir à l’étranger pendant plusieurs mois ne la ravit pas.

"Blake Edwards était le metteur en scène, se souvient Tony Curtis, mais aux premiers jours du tournage, il a quitté le plateau parce qu’il n’aimait pas la façon dont Jack Warner le traitait. "Pas de problème, a dit Jack, on arrête le film jusqu’à ce que j’aie trouvé un autre metteur en scène." Blake a rappliqué sur le plateau dès le lendemain, prêt à travailler." D’autres problèmes vont survenir. Très vite, les relations de Blake Edwards avec Natalie Wood se détériorent. Mais si elle se comporte comme une diva, c’est en réalité une manière de se venger de l’attitude du studio à son égard. Tony Curtis n’est pas non plus très enthousiaste. "Natalie ne pense qu’à sa carrière. Il y a eu un temps où elle était chaleureuse et amicale. Aujourd’hui elle semble s’être totalement repliée sur elle-même." Lorsque Blake Edwards tourne la scène de la bataille de tartes à la crème, il prend un malin plaisir à être celui qui lui lance des projectiles pâtissiers pour les gros plans…

Après les scènes d’intérieurs filmées à Burbank, l’équipe s’envole en juin 1964 pour Paris, où Blake Edwards doit notamment filmer la scène finale aux pieds de la Tour Eiffel avec 1500 figurants. Le tournage se poursuit en Autriche. Hormis les tensions avec Natalie Wood, l’ambiance est plutôt bonne. Des billards sont mis à la disposition des acteurs et des tentes sont montées pour abriter des mini-casinos où tout le monde joue entre les prises. Mais le film prend du retard, Blake Edwards ne tournant qu’une scène le matin et une autre l’après-midi. "Warner semblait perpétuellement sur le point d’arrêter cette production dont le coût était devenu exorbitant, explique Tony Curtis. Parti d’un budget de trois millions de dollars, on a terminé avec un budget quatre fois plus élevé. Personne ne semblait pouvoir le contrôler. C’était comme une machine devenue folle poursuivant sa course. On tournait à Paris, à Salzbourg, à Versailles – une équipe gigantesque hébergée partout dans des hôtels splendides."

La Grande Course autour du monde se termine en décembre avec des semaines de retard. Sa carrière commerciale sera honorable mais peu profitable à cause des dépassements de budget. "Ce film était lourd, ni drôle ni équilibré. S’il n’a pas résisté à l’épreuve du temps, c’est parce qu’il n’avait rien d’authentique", conclue Tony Curtis dans ses mémoires.

Philippe Lombard

[Sources : "Les Cahiers du Cinéma" n°175, "Jack Lemmon" de Michael Freedland (St. Martin’s Press, 1985), "Tony Curtis, l’autobiographie" de Tony Curtis (Belfond, 1995), "Natalie Wood, A Life" de Gavin Lambert (Borzoi Book, 2004)]

Titre Original :
GREAT RACE, THE

Titre français :
GRANDE COURSE AUTOUR DU MONDE, LA

Année : 1965

Nationalité : Etats-Unis

Réalisé par :
Blake Edwards

Ecrit par :
Arthur A. Ross & Blake Edwards

Musique de :
Henry Mancini

Interprété par :
Tony Curtis, Jack Lemmon, Natalie Wood, Peter Falk , Keenan Wynn, Arthur O'Connell, Vivian Vance, Dorothy Provine, Larry Storch & Ross Martin


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