Bon ben j'ai fini le lire "le cinéma enragé du Japon" donc je vous livre mon sentiment.
Le sommaire est le suivant :
Première partie : Le cinéma enragé au Japon
1. Porno et révolte sociale
2. Sogho Ishii et la derferlante (cyber)punk
3. Gore et ultra-violence, le côté obscur du Japon
Deuxième partie : Entretiens avec quelques cinéastes
1. Hisayasu Sato
2. Sasaki Yumeka
3. Ian Kerkhof
4. Takahisa Zeze
5. Sogo Ishii
Sous l'appellation "cinéma enragé", Sévéon nous développe donc 3 thématiques qui, à mon sens, n'ont pas grand chose à voir entre elles si ce n'est ces côtés "enragé" justement et underground (c'est déjà pas mal mais on a l'impression de sauter du coq à l'ane à chaque nouveau chapitre)...
Le porno et la révolte sont traités au travers des réalisateurs
Shuji Terayama,
Koji Wakamatsu,
Hisayasu Sato et
Takahisa Zeze. Leur travail est décrit au travers de leurs oeuvres majeures, les plus impliquées politiquement (sur le plan social)... Sévéon est essentiellement descriptif et n'hésite pas à spoiler chacun des films pour en dégager les tendances et convictions des réalisateurs. On peut comprendre ainsi leurs implications, idées et évolution au fil des ans. Intéressant.
C'est cet esprit descriptif (pour ne pas dire qu'on nous sert le synopsis du film) puis analytique qui sera conservé pour tout le bouquin. Y'a du bon (ça donne envie de découvrir des films, on voit bien ressortir les thèmes chers aux réalisateurs...) et du moins bon (on spoile à mort, Sévéon est parfois trop enthousiaste quand ils parlent de certains films que je qualifierai de "très moyens").
La seconde partie aborde donc le cyberpunk avec des oeuvres qui sont pour le coup réellement underground, allant de film comme Tetsuo jusqu'à des réalisations plus porno mais tout aussi expérimentales comme I.K.U. A mon gout la partie la plus interessante car la plus "logique" en terme d'analyse. De plus beaucoup des films sont arrivés jusqu'en France via le DVD, ce qui permet de mieux se concentrer sur l'analyse...
Concernant le gore et l'Ultra-violence, Sévéon le traite via
Katsuya Matsumura (et sa série des All Night Long),
Daisuke Yamanouchiet des oeuvres comme Evil Dead Trap. Plus qu'une simple analyse/description, Sévéon nous fait profiter ici de sa connaissance du pays et du "malaise" qui y règne via des faits d'actualité, l'augmentation des suicides chez les jeunes, la fascination pour la violence etc... Même si beaucoup de choses sont connues, il est toujours intéressant de profiter des lumières d'un "spécialiste".
La seconde partie du bouquin est consacrée aux interviews+filmographies. Et là, c'est le drame. Enfin pas à ce point là mais franchement, ça ne présente qu'un interet très restreint. Les interviews ne sont pas très interessantes et on se demande même pour certaines si elles peuvent avoir un quelconque interet journalistique. La palme revient à l'entretient avec Sasaki Yumeka, actrice pour le moins sympathique mais qui n'a absolument rien à dire. Ses réponses sont souvent plus courtes que les questions de Sévéon, elles sont souvent connes/inintéressantes et les questions mêmes de Sévéon ne me semblent pas pertinentes ("C'est pas trop de se mettre nu devant une caméra ?").
Par ailleurs, certaines questions redondantes font perdre un peu de crédibilité à l'ensemble. Je pense notament à la question (en parlant le l'extreme droite) "Comment avez vous pu filmer ça ? Ce genre de chose est tabou au Japon. Vous êtes l'un des seuls à avoir pu etc...". Poser cette même question à 3 réalisateurs différents (sur 5 présentés, ça fait beaucoup quand on est "l'un des rares" ou "pratiquement le seul") me semble plus relever de la flatterie que d'un réel interet...
Donc globalement, nous avons là un bouquin agréable voir très agréable, intéressant et intelligent. Le style est "simple" et les fautes d'orthographes/coquilles etc ne nous sont pas épargnés mais on va dire que ça passe encore... L'ouvrage ne vaut en revanche que pour ses 220 permières pages. Les 80 pages constituant la secondes parties ressemblant fort à un ajout destiné à étoffer artificiellement le pavé...
Concernant les photos toutefois je mets le hola. C'est naze. Elles sont minuscles (une image de 4cm sur 3 monopolise pourtant toute la page dont le reste est noir, voir même le verso de la page !!), assez laides, coupées n'importe comment (vas-y que je te coupe un titre en 2 sur une affiche pour la faire rentrer dans mon 4cmx3) et surtout, le commentaire associé est sans interet voir frustrant. Une photo sur 2 voit donc sa légende se résumer à "Film de Toto" (remplacer Toto par un nom de vrai réalisateur bien sûr...). Ben oui c'est bien mais quel film putain ??? Est-ce l'affiche ? Est-ce une photo d'exploitation ? Est-il trop dur de mettre en plus l'année d'exploitation ? Ca aurait trop empiété sur la page desespérement vide d'ajouter plus d'infos ? Bref, c'est un assez gros point noir ça...
Je recommande cependant globalement cet achat qui, pour 17euros seulement ne fera pas tache dans votre bibliothèque, bien au contraire.
Mais au fait, pourquoi la couverture est-elle aussi moche ? Ah, pardon, c'est pour garder le même esprit que les photos qui sont dans le bouquin... OK, y'a une logique alors...