Jubilee: Pour tout ceux qui aiment la crasse, la merde, les viols, les hommes qui aiment les hommes et les punks...
Réalisateur d'un certain cinéma underground à qui on doit entre autre une version gay du Christ, Sebastiane ( Jesus gay, quel fantasme viril!

, figure incontournable d'un cinéma gay anglais dont il est une des figures de proue, Jubilee est le 2eme film de Jarman.
Oeuvre illustrant parfaitement la punk generation et l'angleterre d'alors, ce film est l'expression cinématographique de ce mouvement qui balaya la Perfide Albion en cette fin d'années 70.
1758. Le magicien-alchimiste de sa Majesté envoie la reine Elisabeth I dans l'avenir. Accompagnée de l'Ange Noir Ariel, Sa Majesté arrive à Londres où tout n'est plus que chaos, destruction, ordures, débris, sexe et homosexualité

, violence.
Dans cette apocalypse aux décors taggés où trainent des bandes de punks bariolés de No future, un seul mot d'ordre: Faites tout ce que vous voulez dans ce monde de corruption et d'orgies. Buckingham est devenu un studio d'enregistrement et l'Eglise une salle de strip tease.
Bod, réincarnation de la reine, regne sur la ville, tuant et violant tous leurs adversaires, avec ses acolytes, des punkettes agressives: Mad, violente pyromane incontrolable, Crabs, une nymphomane qui tue ses amants aprés leurs ébats, Amyl Nitrite, une chanteuse politique et Chaos, reincarnation muette de la destruction ainsi que deux homosexuels, Angel et Sphynx.
Commencent alors un long parcours de sexe et de violence jusqu'au jour où Sphynx, Angel et Kid, jeune musicien punk léchant sa propre image, reincarnation moderne du mythe de Narcisse, sont tués par deux policiers fascistes. La vengeance sera terrible..
C'est sous forme de fable fantastique et décadente que Jarman a choisi d'imager le mouvement punk dans ce qu'il a de plus brut. Constat sans détour d'une Angleterre en pleine crise, rarement avait on mis aussi bien en evidence tout le desespoir d'une génération face à notre monde et celui de demain, illustrant avec force et rage, l'expression No future.
Artiste et esthète, Jarman comme d'accoutumée a recours à une forme d'art plutot original pour mener à bien son objectif, un art hybride entre Warhol, Morrissey, Waters et Russel. Ainsi la pourriture, le chaos et la violence cotoient de très beaux jardins anglais et de cotes sablées balayées par l'écume.
Le mise en scène est comme souvent chez Jarman, assez théatrale mais totalement délirante. Jubilee est une forme de comedie musicale nihiliste, une irreverence injurieuse pour la monarchie anglaise que Jarman insulte avec delectation en la couvrant de crachats cinglants, maculant avec mépris notre civilisation moderne et la reine qui fêtait en 77 d'ailleurs son jubilée, ici se faisant tatouer à vif au couteau et au sel.
Jarman n'évite pas une certaine complaisance pour la déchéance. Les punks du réalisateur s'opposent à la pourriture de ce monde moderne en s'y jetant à corps perdu pour profiter et jouir un maximum de ses tares. Jubilee ou l'art bourgeois de la desesperance, cet art malin qui est de tirer profit du Mal.
Le film doit donc être vu comme une oeuvre témoin ordurière et poetico-lyrique de notre société perdue dans ces propres courants et on pourra ensuite discuter de l'ideologie par moment douteuse qui s'en dégage.
Et philosophique Jubilee l'est à travers les tirades politiques et les lectures de Amyl ou les diathribes lugubres de l'Ange Ariel. On pourra contester cette loi du Talion du Tu tues, je te tue ou les images finales apocalyptiques où les punks triomphants sur l'Ordre ou ce semblant d'Ordre se mélent à un Hitler réincarné

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Pour le reste, sans être réellement explosif niveau sexe et violence, Jubilee accumule avec une legereté amateur parfois etonnante les scènes de destruction dans des décors baroques et des ruines fumantes.
On retiendra notamment cette image d'une danseuse étoile faisant ses pointes sur un charnier fumant

entourée d'hommes nus masqués

comme pour une tragédie grecque, le meurtre d'un des amants de Crabs, etouffé sauvagement dans les draps en plastique sur lesquels ils s'ébattaient en public

, la crucifixion d'une punkette lacérée aux barbelés, le passage à tabac de Kid, le visage massacré au tesson, lui amoureux de son image, ou la vengeance des punkettes sur les deux flics fascistes ayant tué leurs amis, un explosé au cocktail molotov, l'autre massacré alors qu'il urinait

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Interessant aussi la séquence où Hippies, Mods et punks, trois forme de rebellion differentes, se retrouvent lors d'un massacre jubilatoire dans une boite où le sexe, la violence et la drogue les reconcilieront tous.
Jubilee, arrosé par la musique des Pistols, Siousxie ou des Slits, embrasse une certaine forme de cinéma arty qui peut rappeler le baroque et décadent Rocky horror show, la presence de certains acteurs ayant participé a ce dernier renforcant cette impression.
Voilà un film insaisissable tant il est complexe et riche en idées et qui a su mélanger avec un certain équilibre pure anarchie et tendresse.
Jarman a su mettre en exergue la beauté de l'anarchie à travers ces images de désolation et de violence. Beauté et anarchie fusionnent en effet, trouvant chacune leurs origines dans de multiples directions, faisant du film une oeuvre dense et sujette à débat. J
ubilee pourrait être vu comme une extension à Orange mécanique, une vision Kubrickienne projetée dans l'anarchie punk londonienne, tant Jubilee a de points communs avec ce dernier.
Subversif le film l'est mais à la difference de Waters, Jarman ne joue pas la carte de l'humour même dans les moments satiriques. Jarman est irremediablement cassant, méchant. Il cherche à choquer le spectateur comme tout film punk de base et un ton drolatique ou même l'humour aurait brisé le serieux de l'ideologie punk anglais.
Mais contrairement aux autres films de Jarman, Jubilee n'est pas une ode à l'homosexualité ni même à l'homo-erotisme

mais et c'est là que le film diffère de l'ensemble de la carrière du réalisateur, c'est plus une celèbration du mélange de la bi-sexualité et de l'heterosexualité.
Jubilee ne triche jamais avec lui-même. Voilà un aperçu parcellaire d’un mouvement social qui secoua les bases si désuètes d'une Angleterre obsolète et si tranquille.
Violence, sexe, destruction, vermine, décadence, Jarman épouse ces idées et cette réalité en filmant joyeusement et avidement la crasse, la merde

, un Londres envahi par les punks sans pour autant se prendre au sérieux mais avec un naturel étonnant.
Un beau carnage qui aujourd'hui semble un peu dépassé mais reste toujours subversif et interessant sauf pour sa Majesté, la Chienne Elisabeth et ses chapeaux, qui à la vision du film renderait son dernier souffle!!
Comme chez Waters, le casting est ici imprevisible, hors norme, incontrolable mais totalement fascinants.
Aux cotés de la Runacre, actrice shakespearienne de theatre et de televison, ici dans la peau de la cruelle reincarnation de la reine, on trouve des comediens de theatre réputés tels le regretté Ian Charleson qui renia le film par la suite

et Karl Johnson dans la peau des deux punks homosexuels dont on admirera les beaux membres

, mais aussi des acteurs venus du mouvement punk notamment la stupéfiante punkette aux cheveux orange Toyah Willcox, totalement folle et déchainée, prodigieusement agressive, mettant ici sa propre folie au service de son personnage entourée de la toute crétée Jordan, specialiste du mouvement No future et l'excentrique Nell campbell issue du RHPS.
On n'oubliera pas de citer Richard O'brien et un tout jeune Adam ant, futur leader du groupe Adam and the ants et du mouvement pirate, Adam tellement sex du haut de ses 18 ans tout frais

dont on admirera pas plus que le torse malheureusement cette fois et quelques années avant sa chute et décadente descente aux Enfers.. Adam qui fut un temps l'amant de Jarman, le réalisateur ayant été séduit par la beauté du jeune garcon et sa perfection angélique.
On notera aussi l'apparition outrageuse du trans Wayne County.
Le bissophile se rejouira de retrouver un tout jeune David Brandon

, futur Caligula epileptique chez D'Amato, ici en Ange Noir, revetu d'un collant particulierement sex laissant présager ce qu'il ne cachera plus dans le Caligula

.. Tout sur David, son mauvais caractère et plus demain.. tout sur les acteurs, et plein de photos outrageuses..
Sa majesté royale Le corbeau qui se delecte de la merde et laisse aux sots Amelie Poulain!
